Rions, une cité au passé millénaire

Rions, l’une des plus anciennes villes d’Aquitaine, porte en elle les traces d’une histoire riche et mouvementée. Sa situation privilégiée, à proximité de la Garonne, ses sources naturelles et la configuration de son site laissent supposer une occupation humaine depuis des temps immémoriaux. Certains historiens la considèrent même comme une capitale gauloise, connue sous le nom d’Aquita.

L’essor sous la domination romaine

Avec l’arrivée des Romains, Rions prend de l’importance et se dote d’infrastructures notables. Des vestiges de cette époque subsistent encore aujourd’hui :

  • d’élégantes mosaïques, visibles dans certains jardins ou intégrées au pavement de l’église,
  • une tête antique en marbre, enchâssée dans une baie du mur sud.

La transformation de la villa Ryuncium (« bâti sur le roc ») en un castrum a donné naissance aux premières fortifications autour du château.

Une ville convoitée et fortifiée

Au fil des siècles, Rions suscite de nombreuses convoitises. Les Seguin, seigneurs de la ville, soutiennent les Capétiens, conférant à la cité un rôle stratégique. En 1253, l’achèvement des remparts marque l’essor de Rions, qui prospère grâce à ses foires, ses commerces et ses jardins.

Cependant, un tournant décisif survient en 1152, lorsque Aliénor d’Aquitaine épouse Henri Plantagenêt, entraînant l’annexion de Rions au royaume d’Angleterre. Malgré la résistance de Guillaume III Seguin, le traité de 1259 signé entre Saint-Louis et Henri III officialise cette domination. S’ensuivent des périodes de troubles : la ville est ravagée et son château détruit.

Reconstructions et nouveaux conflits

Au XIVᵉ siècle, sous autorisation du roi d’Angleterre, Rions entreprend la reconstruction de ses fortifications. Dès 1330, la ville renaît de ses ruines. En 1453, après la bataille de Castillon, un traité entre le roi d’Angleterre et Charles VII met un terme à trois siècles d’occupation anglaise : Rions redevient définitivement française.

Sous la domination des Albrets, jusqu’au XVIIᵉ siècle, la ville connaît un renouveau culturel, artisanal et commercial. Leurs armoiries (tardives voir ci-dessous), encore visibles au-dessus du portail de l’église, témoignent de leur influence.

Toutefois, les guerres de Religion du XVIᵉ siècle viennent troubler cette prospérité. Catholiques et protestants s’affrontent violemment, jusqu’à la capitulation de 1591, obtenue par le maréchal de Matignon. Plus tard, Rions fait face aux attaques du Marquis de Galapian, envoyé durant les troubles de la Fronde.

Du rayonnement au déclin économique

À partir du XVIIIᵉ siècle, la baronnie de Rions passe entre les mains de plusieurs familles nobles, dont les Chabanne-Curton, Ribérac et Sallegourde. Ces seigneurs octroient des privilèges qui favorisent le développement des activités portuaires et du commerce du vin, du pastel et de la pierre.

Mais au XIXᵉ siècle, de profonds bouleversements affectent la ville. L’ensablement de l’Estey et l’émergence de nouvelles voies de communication entraînent un lent déclin économique.

Un patrimoine préservé

Face à cette érosion du passé, des initiatives de conservation voient le jour. Sous l’impulsion de l’archéologue Léo Drouyn et du marquis de Castelnau, les fortifications sont classées en 1862. Plus tard, le maire Paul Cardez entreprend d’importants travaux de restauration, notamment sur les remparts et la tour du L’Hyan en 1881.

Malgré ces transformations, les aménagements successifs du XIXᵉ siècle ont profondément redessiné le visage de Rions, donnant naissance à la ville que nous connaissons aujourd’hui.

Les armoiries de Rions

 
Description héraldique (art de décrire les armoiries) :
Le blason de la ville de Rions associe les armoiries des comtes de Foix et des vicomtes de Béarn. En terme héraldique, on parle d’un blason « écartelé de Foix et de Béarn » ; il a depuis été simplifié et est aujourd’hui simplement « taillé de Foix et de Béarn ».
Les armoiries de Foix sont « d’or à trois pals de gueules » (jaune avec trois bandes rouge) et celles de Béarn sont « d’or à deux vaches de gueules, passantes, accolées, accornées et clarinées d’azur » (jaune avec deux vaches rouge, marchant l’une au-dessus de l’autre, aux cornes et à la cloche bleu).
                                                      
Quel lien avec Rions ?
La tradition attribue ces armoiries à Charles II d’Albret (1415-1471) qui aurait autorisé la ville de Rions à porter ses propres armes. Or, si les Albret sont effectivement seigneurs de Rions depuis 1327 (de son côté, Charles II confirme les privilèges de la ville en 1463), ils ne sont à ce moment là ni comtes de Foix, ni vicomtes de Béarn.

Les armes d’Albret sont en fait écartelées de France (armoiries des rois de France) et de gueules (le rouge étant la couleur des armoiries primitives de la famille d’Albret) ; donc le blason de Rions ne correspond pas à celui des Albret !


La seule personne qui ait eu un lien avec les Albret et qui ait porté les armes de Foix et de Béarn fut Jean Ier de Foix-Grailly (1382-1436), frère du comte de Benauges. Il avait épousé en secondes noces la sœur de Charles II, Jeanne d’Albret, qui avait probablement reçu la seigneurie de Rions en dot pour son mariage. C’est très certainement à cette période que Rions pris les armoiries de Foix et de Béarn.
 
Ce n’est qu’en 1484 que les Albret les associeront à leurs propres armes, lorsque Jean II d’Albret, en épousant Catherine de Foix, deviendra comte de Foix, vicomte de Béarn, et surtout, roi de Navarre. Un siècle plus tard, son arrière-petit fils sera couronné roi de France sous le nom d’Henri IV ! C’est donc par l’intermédiaire des Albret que Rions eut pour seigneurs deux rois de France : Henri IV puis son fils Louis XIII.
 
Les armoiries de Rions, sculptées sur une pierre (à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe siècle), figurent aujourd’hui au sommet du portail de l’église St-Seurin. Elles sont encadrées par un collier de l’ordre de Saint-Michel, figurant des coquilles St-Jacques lassées les unes aux autres. Cet ordre de chevalerie fut créé en 1469 par le roi de France Louis XI ; mais à notre connaissance, aucun seigneur d’Albret n’y a appartenu. La présence de ce collier sur le blason de Rions reste donc un mystère…
Cette pierre sculptée est la plus ancienne représentation des armoiries de Rions ; celles antérieures au XVe siècle sont donc inconnues de même que celles de la famille de Rions qui dirigea cette ville jusqu’en 1327, année de la transmission aux Albret.
David SOUNY – Historien, membre de l’association-


Pierre sculptée du début du XVIe siècle représentant le blason de Rions sur le portail de l’église de Rions
(cl. D. Souny)


Version simplifiée du blason de Rions figurant aujourd’hui sur les bâtiments municipaux,
ici la Tour du Lhyan (cl. D. Souny).